IMAGINAIRE DES VOLCANS DANS L’ANTIQUITE - 6

Publié le par latin-au-lycee-stella

La voix de la Nature et des dieux

 

Le volcan permet de souligner deux aspects fondamentaux de la nature. Elle est conçue d’une part comme une mère généreuse, féconde, nourricière ; et les pentes du volcan offrent aux hommes une terre fertile et riche. Elle est d’autre part une puissance sévère dont la violence peut-être dévastatrice ; et on songe aux éruptions, séismes et raz-de-marée.

De nombreux mythes exploitent ce double aspect du volcan, souvent pour souligner que la générosité de la nature a une limite et que les hommes seront punis de leurs excès. Ainsi en est-il du mythe de l’Atlantide raconté par le philosophe Platon.

 

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« L'Atlantide se trouvait au-delà des Colonnes d'Hercule, l'actuel détroit de Gibraltar, c'est-à-dire quelque part dans l'Océan Atlantique (qui lui doit son nom). Platon décrit une cité monumentale, bâtie selon une structure concentrique avec des chenaux que pouvaient emprunter les navires et que séparaient des bandes de terre. L'île de l'Atlantide se composait de plusieurs éléments. La cité se trouvait en bordure de mer dans une plaine très riche, ouverte au sud et encadrée de montagnes qui l'abritaient des vents. Une haute montagne est présentée comme un volcan avec des coulées de lave refroidies, noires et rouges. Derrière elle s'étendait un très vaste territoire. Il est question de massifs calcaires dominant la mer, de forêts, de rivières, de lacs, de sources abondantes froides et chaudes, d'animaux nombreux, y compris des éléphants.

L'Atlantide était une cité valeureuse, puissante et prospère, bien administrée sous une royauté juste, avec une population unie, respectueuse des lois et des dieux. Les Atlantes avaient soumis la Libye, c'est-à-dire tout le Nord de l'Afrique jusqu'à l'Égypte, et l'Europe jusqu'à l'Italie. Mais avec la richesse et la prospérité, ils devinrent des commerçants âpres au gain, indisciplinés et querelleurs. Ils ne respectèrent plus les dieux, ni les principes moraux qui leur avaient permis de fonder une cité modèle dans un environnement exceptionnel.

Pour les punir, les dieux courroucés les firent disparaître dans un cataclysme où l'île s'effondra sous la mer. » Guy Kieffer

 

Le mythe de l’Atlantide pourrait trouver sa source dans une gigantesque éruption sur l’île de Santorin en mer Egée, associée à un raz-de-marée, qui détruisit toute l’île vers 1500 avt. J.C.. Les fouilles révèlent les restes d’une société organisée, prospère et cultivée qui a pu être assimilée à celle des Atlandes.

 

 

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L’éruption peut donc avoir des causes religieuses, êtres interprétée par les prêtres comme un signe. Les catastrophes naturelles sont liées à des catastrophes humaines : présages, punition. C’est ce qui ressort de la lecture des textes de l’historien Thucydide :

 

« Cette année-là, un grand malheur frappa à l'improviste les Lacédémoniens : en effet, à Sparte, des violents tremblements de terre abattirent de fond en comble les maisons et causèrent la mort de plus de vingt mille Lacédémoniens. Les secousses ébranlèrent la ville pendant longtemps et continûment, jetant à bas les maisons, causant la mort de nombreuses personnes, surprises par la chute des murs, et le séisme détruisit aussi quantité de biens domestiques. Les Lacédémoniens ressentirent ce fléau comme un châtiment envoyé par la divinité irritée contre eux. »

 

« Cette année-là, villes et campagnes, dans le Péloponnèse, furent ravagées par des tremblements de terre et des raz-de-marée d'une violence inouïe. Jamais dans le passé de pareils désastres ne s'étaient abattus sur des cités grecques, jamais on n'avait vu des villes anéanties avec tous leurs habitants, comme si une force divine s'était acharnée à tuer et à perdre les hommes/ Le moment où arriva la catastrophe accrut son ampleur. Le tremblement de terre ne se produisit pas de jour quand les victimes auraient pu se secourir elles-mêmes, il frappa de nuit. La violence des secousses ébranla les maisons qui s'écroulèrent, et la population, surprise dans l'obscurité, à l'improviste, par une catastrophe sans précédent ne put rien faire pour sauver sa vie. La plupart des gens périrent ensevelis dans les décombres de leurs maisons ; quelques-uns réussirent à sortir de leurs demeures au lever du jour et se croyaient hors de danger quand s'abattit sur eux un fléau encore plus terrible et plus inouï que le premier. La mer se souleva et il se forma une vague énorme qui engloutit tous les habitants ainsi que leur terre ancestrale. Ce furent deux côtés d'Achaïe, Hélikè et Boura, qui furent frappées de cette manière : Hélikè était une des cités d'Achaïe les plus réputées avant le tremblement de terre. On s'est beaucoup interrogé sur ce phénomène. Les philosophes naturalistes essaient de référer une catastrophe telle que celle-ci non à la divinité, mais à des circonstances naturelles, produites par un enchaînement nécessaire ; au contraire, les personnes qui ont de la piété à l'égard de la divinité expliquent l'événement en soutenant avec des arguments plausibles que la colère des dieux contre les impies est à l'origine de ce malheur. »

 

« Les habitants d'Hélikè dispersèrent les biens des Ioniens et s'emparèrent de leurs théores, commettant ainsi une impiété à l'égard de la divinité. Voilà ce qui suscita, dit-on, la colère de Poséidon qui frappa les cités impies par ce tremblement de terre et ce raz-de-marée. Que ce soit Poséidon qui ait eu de la colère contre ces cités, tout le prouve clairement. C'est ce dieu qui possède, croit-on, le pouvoir sur les tremblements de terre et les raz-de-marée ; le Péloponnèse passe depuis les temps les plus reculés pour sa demeure et l'on estime que cette terre lui est, pour ainsi dire, consacrée. D'une façon générale, il n'y a aucun immortel qui soit plus vénéré que ce dieu dans toutes les cités du Péloponnèse. (…) Le dernier, argument est que la catastrophe ne fit de victimes que parmi les impies. »

 

On retrouve la même interprétation religieuse chez Pline : « L’île éolienne d’Hiera (…) brûla avec la mer elle-même plusieurs jours, lors de la Guerre Sociale, jusqu’au moment où une délégation du Sénat eût accompli les sacrifices expiatoires. »

 

L’éruption est un signe divin, y compris dans la Bible où le mont Sinaï semble entrer en éruption et devenir le lieu d’une théophanie : « Le troisième jour, au matin, il y eut des tonnerres, des éclairs et une lourde nuée sur la montagne, un son de cor très puissant : tout le peuple qui était dans le camp trembla. Alors Moïse fit sortir le peuple du camp à la l'encontre de l'Élohim : ils se tinrent debout en bas de la montagne. Or le mont Sinaï était tout fumant, parce que sur lui était descendu Yahwé dans le ton, et sa fumée montait comme la fumée d'une fournaise : toute la montagne tremblait violemment. Le son du cor s'amplifiait, Moïse parlait et lui répondait par une voix. »

 

Si le volcan est lié à la volonté divine, cela explique qu’il soit très souvent personnifié. Il a un corps, des orifices, il voit et se nourrit. Il semble un être vivant, mais particulier et monstrueux, puisque ses entrailles sont pleines de feu et de vent. Le danger qu’il comporte est souvent interprété comme une forme d’avertissement adressé aux hommes qui pillent la terre pour en arracher des richesses. L’éruption est souvent vécue comme une punition voulue par la nature ou les dieux. Ainsi, le récit d’une éruption de l’Etna devient l’occasion de montrer la vertu récompensée et la cupidité punie.

 

 

800px-Karl Briullov, The Last Day of Pompeii (1827–1833)

 

« Ces anciens respectaient la qualité de père et mère bien autrement que l'on ne fait aujourd'hui. Je pourrais en rapporter plusieurs exemples ; mais je me contente d'un seul qui est célèbre. C'est l'exemple de ces citoyens de Catane en Sicile, qui firent une action si pleine de piété, qu'ils en furent surnommés les pieux enfants. Les flammes du mont Etna ayant gagné la ville, ces généreux enfants comptant pour rien de perdre ce qu'ils pouvaient avoir d'or et d'argent, ne songèrent qu'à sauver ceux qui leur avaient donné le jour. L'un prit son père sur ses épaules, l'autre sa mère. Quelque diligence qu'ils fissent, ils ne purent éviter d'être coupés par l'embrasement ; mais ils ne s'en mirent pas moins en devoir de continuer leur chemin sans vouloir abandonner leur fardeau. On dit qu'alors les flammes s'étant divisées leur laissèrent le passage libre au milieu, et que les pères et les enfants sortirent heureusement de la ville. Ce qui est certain, c'est qu'encore aujourd'hui à Catane on rend de grands honneurs à la mémoire de ces illustres citoyens. » Diodore

On a là un récit exemplaire tel qu’on le rencontre fréquemment dans les narrations de catastrophes naturelles. Le personnage fictif (les frères de Catane) ou historique (Pline le Jeune ou même Pline l’Ancien) qui a vécu l’éruption en ressort grandi dans la mesure où il a su faire preuve de courage, de stoïcisme, de dévouement. L’évènement est vécu comme une descente aux enfers.

 

Publié dans Autour des volcans

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